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Entretien avec Carolina Haaz - Revue Codigo - Juin 2014

http://www.revistacodigo.com/perfil-evelise-millet-por-primera-vez-en-mexico-dibujo-y-autoedicion/

1. D’où venez-vous ?
Je suis née et j’ai grandi en Provence, dans le sud de la France.

2. En quelle année êtes-vous née ?
En 1987.

3. Quelles ont été vos études ?
J’ai commencé par deux années d’études en graphisme, avant d’entrer en école d’art. Ces études en graphisme m’ont beaucoup apporté dans le développement de mon travail d’art visuel. J’ai obtenu par la suite un DNAT à l’École d’art D’Épinal, puis un DNSEP à l’école d’art de Caen en 2013, en mention Édition. J’ai développé ma recherche artistique majoritairement autour du dessin, mais aussi de la photographie et du livre.

4. Comment a commencé votre pratique de l’auto-édition ? Était-ce peut-être en raison des difficultés que rencontre tout créateur d’être publié ?
L’auto-édition est avant tout pour moi un désir de fabriquer, de façonner soi-même l’objet livre. Le livre est un espace de création très riche, où le fond et la forme sont pensés ensemble.
Mon intérêt envers la fabrication a débuté dès ma deuxième année d’études en école d’art. J’ai appris divers types d’impression, traditionnelle, manuelle ou mécanique, ainsi que les techniques de reliure. Mes premiers livres ont été imprimés à la main et édités à 10 exemplaires. Dernièrement, j’ai réalisé des projets éditoriaux en faisant appel à des imprimeurs, ce contact avec un professionnel a changé mon rapport à la fabrication, il s’agit de faire faire, et aller dans une imprimerie est toujours un grand moment.
L’auto-édition, c’est mener un travail de la conception du contenu du livre à sa reliure finale, en prenant en compte les contraintes économique et formelle, tout en pensant au stockage et à la diffusion des livres. C’est pour moi une pratique à part entière, qui me semble très différente d’une publication menée aux côtés d’un éditeur.

5. Avez-vous conçu et réalisé des livres pour un client ?
Non, pour l'instant je ne réalise pas de commandes éditoriales ou graphiques.
En revanche, je collabore avec un graphiste sur une collection éditoriale, lancée l’an dernier, qui s’intitule « Mémoire de formes ». J’ai confié le design de couverture à Nicolas Roussel, graphiste-auteur.
La collection compte actuellement deux numéros.
Cette collection vise à souligner les diverses formes d’existence du dessin, à travers le document, la photographie et l’objet photographié. Travailler avec un graphiste sur ce projet a été enrichissant, nous avons travaillé ensemble sur le principe de couverture de la collection. Il est porteur de faire se rencontrer différents univers et dans le futur, je serai intéressée par un travail collectif et pourquoi pas, par la suite, envisager d’éditer le travail d’autres artistes.

6. Parlez-moi de votre édition « Bloc erratique », quelle était votre intention ?
Un bloc erratique est un fragment de roche qui se détache d’un glacier et qui se déplace sur plusieurs kilomètres. Ce projet éditorial est un ephemera, c’est à-dire un document transitoire, qui n’a pas le même temps d’existence qu’un livre : il s’agit d’évoquer ici l’usage de l’objet éditorial. Ce bloc d’images est assimilé a un bloc-note à effeuiller, jusqu’à épuisement de l’objet. Il est composé de 20 séries de 12 dessins de cailloux et silex. Le bloc devient passeur d’images et d’informations, participant au flux de la communication.

7. Vous identifiez vous à d’autres dessinateurs actuels ? En admirez-vous ? Pouvez-vous en mentionner quelques-uns ?
Il est difficile de s’identifier à des dessinateurs, tant le dessin contemporain est vaste et foisonnant. J’ai commencé ma recherche aux beaux-arts par le travail de la narration et de l’illustration, puis j’ai considéré ma pratique du dessin en tant que finalité, comme forme d’expression autonome.
Mais actuellement, je suis plutôt influencée par des photographes, comme l’oeuvre de Luigi Ghirri, de Bas Princen et par le mouvement New Topographics. J’y trouve une forte présence du dessin dans la composition de l’image. C’est un regard construit sur le paysage naturel ou urbain et ces images nourrissent mes recherches.
Mais pour citer quelques noms, je suis sensible aux dessins de Torsten Slama, au noir et blanc de Killoffer, aux paysages de Christian Hidaka, d’Alexandre Hogue et de Lawren Harris, aux compositions d’Edward Wadsworth et à l’univers de Mark Manders, qui développe notamment un projet éditorial avec Roma Publications.

8. Qu’allez-vous faire au Museo Experimental El Eco ?
En venant à Mexico, j’ai souhaité travailler le volume, j’ai fait appel à des artisans et j’ai travaillé avec de nouveaux matériaux tel que le verre. Je m’intéresse à la notion de point de vue et de perspective, qui sont deux temps liés à la pratique du dessin. En passant par la photographie, le dessin, et la maquette, il est question d’interroger le regard et la représentation, l’image et son support.
Cette résidence est menée en collaboration avec la structure Materia de Dibujo crée par Caroline Montenat. J’ouvrirai l’atelier durant la première semaine de juillet (date à déterminer) pour présenter mon travail de fin de résidence.

9. Est-ce la première fois que vous montrez votre travail au Mexique ?
Oui, mon travail et moi-même sommes à Mexico pour la première fois.

10. Pourquoi avez-vous choisi le crayon de couleur comme médium ?
Le crayon de couleur n’est pas exactement mon médium, je ne suis pas coloriste. La couleur vient s’ajouter à la mine graphite avec parcimonie. Je l’utilise de façon précise dans mes dessins pour souligner un élément de la composition. La couleur apporte un équilibre. Je ne coloris pas, je crois plutôt que je dessine avec la couleur.